Une semaine au nord

Samedi 15 mai, réveil à 5h30, c’est le départ en voyage ! Un dernier verre de Sodabi avec les membres de Katamasu et on grimpe la montagne jusqu’à Danyi. Les moines qui y vivent ne travaillent pas le week-end, leur boutique (de savon, chocolat et biscuits produits sur place) n’est donc pas ouverte. Nous visitons néanmoins le grand monastère qui surplombe le lieu de plusieurs hectares. Il est fabriqué en bois. Les murs pivotent de telle sorte qu’ils se transforment en fenêtre. A l’intérieur, des bancs de prière et des sculptures africaines. A l’extérieur, des arbres aux corosols géants qui sentent mauvais, l’usine de fabrication des produits locaux, des tracteurs Renault et Massey Fergusson et de nombreuses plantations.

La route, un vrai « tape cul », offre néanmoins un paysage fantastique. Les montagnes sont verdoyantes. Les manguiers, cocotiers, bananiers et acacias laissent apercevoir la route orange qui mène à Badou (prononcer Barou). Des oiseaux font la course avec la moto, un écureuil la fuit, les dindons, poules, moutons et chèvres l’ignorent en bloquant le passage. A Badou, des oiseaux jaunes débattent bruyamment en construisant leur nid.
Le lendemain, une heure de marche sur un sentier permet d’atteindre la cascade d’Akloa, impressionnante. Les papillons (blancs, noirs, jaunes) montrent gaiement le chemin. On monte, on glisse, on descend, on grimpe. Arbres énormes, mille-pattes gluant, scarabée vert à tête rouge.

Sur la longue route vers Atakpamé, les enfants me saluent : « Yovo Yovo ! » (blanc, blanc). Ils barrent la route et demandent de l’argent en échange du sable avec lequel ils bouchent les trous. Atakpamé est située entre les montagnes, des centaines de maisons rouges parmi la verdure. L’entrée de la ville est malheureusement une déchetterie improvisée. Dans le centre-ville, le marché s’est installé sur les rails, inutiles depuis que les trains ne sont plus en service au Togo. A l’auberge, sur la table de la chambre : PQ, savonnette et nouveau testament.

Lundi 4h14, le coq chante. Les chiens, les oiseaux et le mégaphone de la plus proche mosquée lui répondent. Départ pour Nangbeto. Sur la route, je vois des vaches à bosse et longues cornes, des calèches tirées par des ânes, des termites qui construisent leur maison au pied d’un arbre. On se réfugie chez la couturière d’un village pour se protéger d’une averse. Autre arrêt, imposé par la police cette fois : « il faut l’autorisation de Lomé » : un  jeu de rôles alors que nous sommes gelés… Après une négociation financière, nous pouvons découvrir le barrage hydroélectrique de Nangbeto et ses hippopotames, pendant que les éperviers nous observent d’en haut.

La route vers Sokodé (prononcer Sokoré) nous éloigne des montagnes et fait disparaître les bananiers pour des tecks. Les cases rondes en terre brune au toit de paille se multiplient, les mosquées aussi. Nous sommes dans la région centrale. Les villages, parfois minuscules, sont constitués de ces cases traditionnelles collées par des murs de terre, et d’une mosquée, bien plus solide que les habitations. Pause brochette. Je vois des pigeons ! «Ca se mange ici…» Le long des chemins, je m’efforce de retenir le nom des boutiques : dieu donne, jésus est la solution, dieu seul sait, la main de dieu, coiffure la grâce, couture la confiance, entreprise petit à petit, la bénédiction, qui cherche trouve… Les véhicules aussi : la vie devant (vélo), l’homme propose dieu dispose, didier drogba (taxi brousse), où allons nous, inch allah (camion).

Sokodé est très grande, les maisons sont numérotées. Sokodé est musulmane, les femmes sont voilées, les hommes maquillés, les micros des nombreuses mosquées proposent des concerts de prières plusieurs fois par jour. Le sable qui recouvre le sol du marché est noir à cause du charbon qu’on trouve en plus grand nombre ici. Je me sens observée plus qu’à l’habitude. Mon nom a changé, passant de Yovo à Anasara. Je suis très mal à l’aise et n’ose pas prendre de photo.

Nous reprenons la route et passons par la très connue « faille d’Aledjo », la montagne ayant été travaillée pour qu’une route puisse s’y loger.

Dans le petit village de Kamana, non loin du centre national d’entraînement militaire, des enfants nous guident vers « le rocher de la mort » qui fait face à un précipice. Ils nous content qu’on poussait les sorciers dans le vide, parce qu’ils voulaient tuer les hommes. Parmi les sorciers, un seul aurait survécu, en se transformant en oiseau. Un jour qu’il souhaitait encore tuer, il se transforma en scorpion. Un garçon qui se promenait aurait tué le scorpion et le sorcier aurait été retrouvé mort dans son lit. Le fils du sorcier, qui aurait hérité des pouvoirs de son père, est mort deux jours avant notre arrivée. J’ai froid dans le dos. Lui qui aimait aussi tuer les hommes s’arrachait sa propre peau à défaut de celles des autres. Les enfants nous racontent aussi que les sorciers morts en bas de la falaise attirent toujours les hommes vers la mort. Pour protéger ces derniers du suicide, une cérémonie a lieu chaque année, au mois de janvier. Les villageois achètent un bœuf avec l’argent des touristes et viennent manger près du rocher. Rien ne doit être ramené au village, les os qui restent sur le lieu disparaissent pourtant étrangement. Si on se rend au rocher sans prévenir « le vieux », un serpent sort de la grotte, près du lieu de cérémonies. Un peu effrayés par cette histoire racontée par des enfants d’une douzaine d’années, nous buvons du « Touc » avec le vieux et ses cochons, avant de prendre la route pour Kara.

A Sarakawa, je découvre l’avion présidentiel écrasé, mais pas brûlé, en janvier 1974. Le président y aurait survécu avant de mourir quelques années plus tard dans sa salle de bain. A Niamtougou, nous visitons une coopérative d’adultes handicapés, un centre artisanal où le travail est spatialement organisé : un espace pour le dessin, un autre pour la cire, un troisième pour la teinture, un dernier pour la couture.

Vers Kanté, où nous dormons dans un « campement », nous visitons le pays Tamberma avec Emilienne. La « tata » est une maison de guerriers en terre sur plusieurs étages. De loin, elle ressemble à un petit château de terre. De l’intérieur, elle permet de vivre tout en se protégeant, des meurtrières pour les flèches des guerriers sont les seules sources de lumière. Au RDC, un poulailler, un mortier et un moulin conçus dans la structure même de la maison. Nous grimpons au premier étage pour accéder à la cuisine. La douche et les chambres sont au-dessus, sur le toit. On rentre dans un trou pour dormir dans une pièce en fait assez grande où on tient debout. Les greniers, où on trouve des réserves de graines et de fruits sont encore plus en hauteur. Plusieurs générations y ont vécues et continuent d’entretenir les maisons avec des écorces d’arbre. Je suis assez impressionnée par ces guerriers architectes.

Au parc national de Kéran, les animaux ont disparu, depuis « la grève » contre le président pendant laquelle les gens les auraient mangé. Auparavant, les véhicules roulaient lentement et étaient contrôlés pour respecter la faune. Aujourd’hui, les forestiers sont payés à ne rien faire. Je suis déçue en pensant qu’il n’y a peut être pas un seul éléphant au Togo.
Sur la route, les étals de mangues et les « titans » (camions) sont nombreux, ces derniers parfois à terre, accidentés. Deux caméléons, vert pomme, se mettent en colère en nous voyant.

Dans la région des savanes, moins de verdure et de rochers, plus de plaines, d’ânes, de vaches et de pintades. A Dapaong, « tu vois c’est très joli » à propos de l’éclairage public, qui s’éteint peu de temps après, faute de courant. Je suis malade, à cause du « dégué », une boisson froide à base de lait et de couscous, goûtée et appréciée sur la route, à Mango.
Nous passons à Cinkassé, la ville la plus au nord du Togo, un lieu de passage plus qu’une ville, polluée, pleine de titans qui attendent à la douane pour passer la frontière vers le Burkina.

Après une semaine de voyage, nous quittons les gens du Nord aux visages cicatrisés pour repartir vers notre chère région des plateaux.

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